Articles

Quels ingénieurs de demain pour une industrie mouvante et mondialisée?

Quels ingénieurs de demain pour une industrie mouvante et mondialisée?

Résumé de l’intervention de M. Gilbert Frade, ancien Directeur des études de l’Ecole des Mines (Paris), comme publié du bulletin d’information n°8 concernant la session ordinaire de l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques, tenue à Rabat, le 24 Novembre 2010.

Au début de sa conférence, Monsieur Frade a défini et rappelé l’importance de l’ingénieur dans le développement d’une nation. La place de l’ingénieur est attractive et regroupe les meilleurs éléments de la société, de différentes cultures. La possibilité pour rejoindre une école d’ingénieurs est multiple selon le niveau d’études de l’élève et son expérience professionnelle.

Actuellement, l’Inde et la Chine produisent plus de la moitié des ingénieurs dans le monde. Le métier d’ingénieur présente une grande attractivité et on doit, au Maroc, encourager l’orientation des élèves vers les écoles d’ingénieurs.

Le conférencier a rappelé que le langage des Sciences et Techniques ne cesse de croître. Il a donné des exemples relatifs au vocabulaire de base de la rue (600 mots), le vocabulaire d’un grand romancier (6000 mots), l’ensemble des sciences et techniques (6 millions de références ou concepts), la biosphère (entre 5 et 30 millions d’espèces animales et végétales),….Au début de la révolution industrielle, il y a plus de deux siècles, les ingénieurs ou les managers avaient un vocabulaire voisin de 400 mots entre les sciences et les technologies. La culture technique est infinie et ses manifestations sont aussi multiples que l’Homme.

Monsieur Frade a abordé l’importance de la maîtrise de la technologie qui régit notre qualité de la vie dans la société contemporaine dans divers domaines.

Il a cité comme exemple les nouvelles économies où les USA sont un leader incontesté. La technologie peut changer la relation de l’homme à son corps, à son intelligence, à sa famille, au vivant,…

Les grandes innovations se font dans les frontières des domaines des connaissances différents, comme l’a rappelé l’orateur. Les chercheurs travaillent en collaboration contrairement à ce qui se faisait auparavant. Les ordinateurs et téléphones portables sont un exemple d’innovation technologique, obtenus après de nombreuses collaborations scientifiques diverses, qui ont bouleversé notre vie.

Le conférencier a mis aussi l’accent sur la similitude de développement dans le domaine biomédicale (cellules souches) et des nanosciences (atomes). Il revient donc, dans la société dite moderne, aux élites de développer la vision et d’éduquer le public avec croyance quasi illimitée à la science et à la technologie.

Le champ de la connaissance, était pour très longtemps, le privilège des universités. L’entreprise utilisait ces connaissances pour développer de nouveaux produits. Actuellement le monde a changé, l’ingénieur, après trois années de formation, 50% du savoir dans un domaine technologique a changé et les connaissances acquises ne sont pas pour toute la vie. Aussi le chef d’entreprise, qui gérait avant tout seul les stocks de connaissances et l’exécutant qui suivait les directives, gère actuellement des flux de connaissances. La gestion de l’entreprise devient horizontale et matricielle. L’existence et le développement dans le futur d’une entreprise sont liés à cette nouvelle vision.

Monsieur Frade, dans son intervention, a développé la notion du savoir dans la formation des jeunes. Il y a le savoir tacite ou implicite et le savoir codifié.

Il a donné l’exemple du permis de conduire et celui des consultations médicales par téléphone. Dans les situations de difficultés, de stress ou d’innovation, le savoir tacite est plus important dans la gestion de l’entreprise. Les formateurs doivent réfléchir sur la manière d’accroître le savoir tacite chez l’apprenant et particulièrement chez l’ingénieur.

La formation doit prendre en considération la génération appelée à se former. Les jeunes actuellement passent plus de temps devant des écrans (1450 h) que de temps à l’école (840 h) par rapport aux générations passées. Les nouvelles technologies, le droit, les nouveaux modes de pensée, Internet, les sites sociaux, les réunions à distance, les entretiens en ligne, la gestion à distance de l’entreprise,…mettent en cause les méthodes d’enseignement classiques.

Les grands changements dont il faut tenir compte quand on veut former des ingénieurs :

  • L’évolution des sciences et des technologies et leur maîtrise.
  • L’évolution du rôle des universités.
  • L’évolution de la structure des entreprises;
  • Les universités d’entreprise;
  • Le champ du savoir;
  • Le Changement de civilisation;
  • Les changements sociétaux;
  • La mondialisation;
  • L’accroissement des risques;
  • L’appropriation des innovations: vitesse et temps (temps technologique et temps social);
  • L’accroissement de la complexité.

Les longues périodes de stabilité des sociétés appartiennent au passé et sont révolues. Il faut former les ingénieurs à confronter les risques et apprendre à travailler ensemble à l’échelle locale, régionale et internationale.

Nous remarquons, une grande concurrence entre les pays dans l’accueil des étudiants étrangers. Les USA s’accaparent d’un grand pourcentage. Les universités sont rentrées dans l’ère de la concurrence et n’ont plus de monopole du savoir. Il faut qu’elles aillent dans les champs de l’entreprise. Il n’y a plus de silos entre les disciplines.

Les facteurs influant dont il faut tenir compte dans la formation de l’ingénieur, pour l’université de demain :

  • Créer de nouveaux types d’institutions.
  • Développer le savoir et les compétences méthodologiques d’acquisition chez l’apprenant: recherche d’information, compétences analytiques, résolution de problèmes, conduite de projets,…
  • Apprendre à travailler en équipe, à trouver les ressources, à s’adapter au changement.
  • S’adapter à la demande des compétences internationales.
  • Prendre en considération les NTIC (Internet et les satellites) dans la formation qui permettent à des universités étrangères de chasser sur les terres des universités nationales.
  • Développer de nouvelles méthodes pédagogiques.
  • Créer des diplômes d’ingénieurs aux points et les diversifier.

La formation de nouveaux types d’enseignants:

  • Spécialisation des enseignants: langage et compétences orientés, communication.
  • Tutorat et monitoring.
  • Recherche et entrepreneuriat.
  • Travail d’animation collaboratif face à l’incertitude, la découverte, la remise en question et le changement (du département au cluster) ;
  • Envie et plaisir d’enseigner ;
  • Nouvelles méthodes pédagogiques appropriées ;
  • Découverte du monde réel (cf. prépa), des nouveaux métiers (séminaires), formation des formateurs ;
  • Expertise et coaching, enseignement et conseils ;

Les compétences attendues de l’ingénieur:

  • Aptitude à affronter l’incertain et l’ambigu.
  • Professionnalisation : connaître, par la main et par l’esprit, les subtilités de son métier, n’ignorer aucune des techniques envisageables et être capable de les utiliser, être attentif à s’informer constamment sur les nouveaux perfectionnements, être en mesure d’innover, être capable de concevoir, d’entreprendre, d’achever toutes les tâches que le métier implique.
  • Capacité d’identifier et de résoudre des problèmes : complexité croissante du métier et de l’environnement, innover.
  • Savoir-être (comportement, émotion).

Propositions pour le développement de la formation de l’ingénieur

  • Faire rêver et aimer (découverte de l’entreprise et du monde dès le plus jeune âge).
  • Orientation et sélection : attirer les meilleurs élèves, nouveaux modes de sélection (rappel des TIPE, des bacs techno)
  • Excellente formation scientifique et mathématique de base.
  • Interdisciplinarité et Multidisciplinarité : diversité technologique, controverses, approche système, MIG.
  • Modélisation et simulation (laboratoire virtuel, serious game, wear game, jeu d’entreprise).
  • Sciences d’observation.
  • Science, technologie mais aussi le management, art, sciences sociales, économie, droit, histoire, éthique, responsabilité.
  • Technologies de l’information et de la communication: maitrise de la communication, vulgarisation, acceptation des évolutions, réseaux, knowledge management.
  • Théorie et pratique: partenariat entreprise université, visites, illustrations, stages, expertise, tutorat, contrats, financement, gouvernance.
  • Expérience internationale: stages, langues, cultures, mobilités.
  • Travail collaboratif: inter écoles, entreprises, mise en commun des moyens et des méthodes et mesures d’évaluation, système modulaire.
  • Entrepreneuriat, créativité et recherche.
  • Enseignement modulaire: mixage de la formation initiale et de la formation continue.
  • Durée des études: double diplômes (HEC MINES, CENTRALE ESSEC, ARTEM, Recherche-Industrie)

Chantiers nécessitants la formation d’un nombre important d’ingénieurs de qualité à l’horizon 2020

  • Aménagements de l’espace, des villes et de l’habitat: Vallée du Bouregreg, tramway Rabat Salé, Casablanca.
  • Schéma directeur du réseau à grande vitesse.
  • Politiques des villes nouvelles (Hay Riad, Tamesna à Rabat, El Aroui à Nador, Chrafate à Tanger, Lakhyayata à Casablanca, Tagadirt à Agadir, etc.).
  • Plan Maroc Vert (Agriculture et Pêches).
  • Les outils financiers et les banques.
  • Dynamique du tourisme et des stations nouvelles (Saidia, Mazagan, Mogador, Lexus à Larache, Plage Blanche à Guelmim, etc.).
  • Open Skye et Hub de la RAM.
  • Nouvelle donne énergétique: demande énergie primaire de 15 Mtep à 43 Mtep en 2030 (électricité de 24000Gwh à 95000GWH), 5300MW à 12000MW. Efficacité énergétique, schistes bitumineux, uranium; Energies renouvelables.
  • Développement du Nord: Tanger et Tétouan.
  • Développement des provinces du Sud : Guelmim, Smara, Boujdour, Seghia el Hamra, Oued Eddahab, Laayoune.
  • Développement de l’Oriental: technopole, université, champ solaire.
  • Grands complexes industriels: Renault Nissan à Tanger.
  • Diversification industrielle et nouveaux projets liés aux phosphates.
  • Les réseaux autoroutiers.
  • Les ports : Marsa Maroc, Tanger Med.
  • Les zones offshoring .
  • Création de groupes nationaux d’ingénierie et de conseil.
  • Les Mines: plan stratégique, cartographie, diversification des substances, intégration vers l’aval, internationalisation.
  • Eau potable, désalinisation.
  • Environnement, assainissement.
  • Transport et mobilité.
  • Société de la communication: opérateurs, nouveaux outils.
  • Système éducatif: public, privé, gouvernance, etc.
  • Excellence artisanale.
  • Grands investissements internationaux: aéronautique.
Partager:

Ajouter un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée